Que faut-il savoir sur le Pont de Pierre de Bordeaux ?

Il y a des monuments qu’on traverse sans y penser et d’autres qui racontent toute une ville. Le pont de Pierre de Bordeaux appartient à la seconde catégorie. Premier ouvrage jamais construit sur la Garonne dans la cité, il relie depuis deux siècles la rive gauche historique à la rive droite. Avant de vous accueillir à notre table près des quais, laissez-nous vous raconter ce que ce pont a de si particulier et comment en profiter pleinement.

Voici l’essentiel en quelques repères. Le pont de Pierre de Bordeaux a été décidé sous Napoléon Ier, achevé en 1822 après une longue construction. Il compte dix-sept arches, mesure environ 487 mètres de long et fut le tout premier pont de la ville sur la Garonne. Depuis 2018 il est réservé aux piétons, aux cyclistes et aux transports en commun.

Une histoire née sous Napoléon

L’idée d’un pont à Bordeaux est ancienne mais elle bute longtemps sur un obstacle de taille : la Garonne. Large, puissante et soumise à un fort marnage, la rivière décourage les bâtisseurs pendant des siècles. On traverse alors en barque, au gré des marées et des humeurs du fleuve.

Tout change au début du XIXe siècle. La construction est décidée sous Napoléon Ier, qui souhaite faciliter le déplacement de ses troupes vers le sud. Les travaux commencent en 1810 sous la direction des ingénieurs Deschamps et Billaudel. Le chantier se révèle titanesque car il faut ancrer les piles dans un lit de rivière difficile. Une tempête endommage l’ouvrage en 1814 et la chute de l’Empereur ralentit encore le financement. Le pont est finalement inauguré en 1822, plus de dix ans après la première pierre. Napoléon avait lancé le projet mais c’est sous la Restauration qu’il fut ouvert à la circulation.

Longtemps l’usage du pont fut payant. Un péage attendait piétons, cavaliers et attelages, une pratique courante à l’époque pour rembourser un investissement colossal. Aujourd’hui classé monument historique depuis 2002, l’ouvrage est devenu l’un des symboles les plus photographiés de Bordeaux.

Pourquoi dix-sept arches ?

C’est le détail que les guides adorent raconter et il est bien réel. Le pont compte dix-sept arches et ce chiffre n’a rien d’un hasard. Il correspond exactement au nombre de lettres du nom « Napoléon Bonaparte ». Comptez vous-même : huit lettres pour Napoléon et neuf pour Bonaparte, soit dix-sept. Une signature discrète glissée dans l’architecture, en hommage à celui qui voulut ce pont.

L’hommage ne s’arrête pas là. Chaque pile est ornée d’un médaillon blanc qui se détache sur la brique rouge. Ces médailles rappellent l’effigie impériale et les armoiries de la ville. C’est ce contraste entre la brique chaude et la pierre claire qui donne au pont sa silhouette si reconnaissable, surtout quand la lumière de fin de journée s’y pose.

Une prouesse technique pour son époque

Derrière l’élégance se cache une vraie ingéniosité. Les piles sont profilées en forme d’étrave pour mieux fendre le courant et résister aux crues. Le tablier est creux afin d’alléger l’ensemble et des galeries le parcourent sur toute sa longueur. Ces couloirs intérieurs servent aujourd’hui à surveiller la santé de l’ouvrage grâce à des capteurs modernes. Deux siècles plus tard le pont continue d’être ausculté avec soin.

Un trait d’union pour la ville

Avant 1822 la rive droite restait un secteur peu développé, presque à l’écart. En reliant enfin les deux berges, le pont a transformé la géographie de Bordeaux. Les échanges se sont multipliés et de nouveaux quartiers ont pu grandir de l’autre côté de la Garonne.

Ce rôle de liaison n’a jamais faibli. Le tram de la ligne A emprunte l’ouvrage et transporte chaque jour des milliers de voyageurs d’une rive à l’autre. Symbole d’hier et infrastructure d’aujourd’hui, le pont de Pierre reste un point de passage vivant plutôt qu’une simple relique à admirer de loin.

Que voir autour du pont de Pierre ?

La beauté du pont de Pierre de Bordeaux tient aussi à son décor. Il se dresse au cœur du quartier le plus patrimonial de la ville et une simple flânerie autour révèle quelques merveilles.

  • La porte de Bourgogne : cet arc de triomphe du XVIIIe siècle marque l’entrée du pont côté rive gauche. Il ouvre le regard vers le vieux Bordeaux et ses ruelles.
  • La place de la Bourse et le miroir d’eau : à quelques minutes à pied en remontant les quais, ce duo emblématique offre le cliché le plus célèbre de la ville. Le reflet de la façade classique dans la fine pellicule d’eau est un incontournable.
  • Les quais de la Garonne : aménagés en promenade, ils invitent à marcher au bord de l’eau, à pédaler ou simplement à s’asseoir face au fleuve.
  • La porte Cailhau : autre vestige médiéval tout proche, elle complète joliment la balade côté centre ancien.

Le meilleur point de vue reste le pont lui-même. Depuis son tablier vous embrassez d’un seul regard la courbe de la Garonne, le fameux « port de la Lune » et l’alignement doré des façades du XVIIIe siècle. Au coucher du soleil le spectacle vaut largement le détour.

Infos pratiques pour visiter le pont de Pierre

Bonne nouvelle pour les visiteurs : profiter du pont ne demande aucune préparation particulière. Voici les repères utiles avant de vous y rendre.

  • Accès à pied et à vélo : depuis 2018 le pont est réservé aux mobilités douces. Les voitures n’y circulent plus, ce qui rend la traversée paisible et agréable pour les piétons comme pour les cyclistes.
  • En tram : la ligne A traverse l’ouvrage. L’arrêt Porte de Bourgogne vous dépose au pied du pont côté rive gauche, à deux pas du centre historique.
  • Quand venir : la fin de journée offre la plus belle lumière sur la brique et les médaillons. Tôt le matin la promenade est plus calme et tout aussi photogénique.
  • Combien de temps : comptez une petite heure pour traverser tranquillement, admirer la vue et flâner autour de la porte de Bourgogne.

La traversée est entièrement gratuite et se fait à votre rythme. Prenez le temps de vous arrêter au milieu du pont pour regarder passer les bateaux et sentir le va-et-vient des marées.

Ce vieux pont de brique et de pierre a vu défiler deux cents ans de vie bordelaise et il n’a rien perdu de son charme. Après votre balade sur les quais, poussez la porte d’un bistrot du quartier pour prolonger la découverte autour d’un verre et d’une assiette de saison. C’est aussi cela, l’art de vivre à Bordeaux.

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