La basilique Saint-Michel de Bordeaux : que voir et son histoire

Il suffit de lever les yeux depuis les quais ou de flâner dans le dédale des ruelles pour la repérer : la flèche Saint-Michel domine tout le sud de Bordeaux. Chez nous, on l’appelle simplement la Flèche et elle veille sur l’un des quartiers les plus vivants de la ville. Derrière cette silhouette familière se cache une des plus belles églises bordelaises, un chef-d’œuvre de gothique flamboyant qui mérite qu’on prenne le temps de pousser sa porte.

Voici l’essentiel à retenir avant votre visite.

  • Style : gothique flamboyant, construite entre le XIVe et le XVIe siècle.
  • La Flèche : clocher séparé de 114 mètres, le plus haut du sud de la France.
  • Reconnaissance : classée monument historique et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
  • À ne pas manquer : les vitraux, la pietà du XVe siècle, la crypte des anciennes momies et le panorama depuis la terrasse.
  • Adresse : place Meynard, 33000 Bordeaux, au cœur du quartier Saint-Michel.

Une histoire née aux portes de la ville

L’histoire de la basilique commence au XIVe siècle, à l’emplacement d’un sanctuaire plus ancien situé alors hors des remparts. Quand la ville s’étend et intègre ce faubourg à sa nouvelle enceinte, un quartier se développe tout autour de l’église. Le chantier de l’édifice actuel démarre sous le règne de Louis XI, confié à l’architecte Jean Lebas, originaire de Saintes, puis à son fils. Les travaux s’étirent sur plus d’un siècle et ne s’achèvent qu’au XVIe siècle, portés par les dons des confréries et des corporations bordelaises.

Très tôt, la basilique devient une étape importante sur la route des pèlerins en marche vers Saint-Jacques-de-Compostelle. C’est cette dimension jacquaire qui lui vaudra, des siècles plus tard, son inscription à l’UNESCO. En 1466, un collège de chanoines s’y installe et renforce encore son rôle religieux dans la vie de la cité.

Pourquoi la flèche est-elle séparée de l’église ?

C’est la grande singularité du monument. Comme la cathédrale Saint-André, la basilique Saint-Michel possède un clocher indépendant, planté à quelques mètres de l’édifice. La raison est très bordelaise : le sous-sol de la ville est marécageux et instable. Accoler un clocher de cette masse à l’église aurait risqué de fragiliser l’ensemble sous l’effet du poids et des vibrations. On a donc préféré l’isoler.

Avec ses 114 mètres, la Flèche est l’un des plus hauts clochers de France. Mais elle n’a pas toujours eu cette allure élancée. Frappée à plusieurs reprises par la foudre faute de paratonnerre, elle perd son sommet lors d’un ouragan en 1768, ce qui la ramène à 99 mètres et lui donne un aspect tronqué. Victor Hugo, de passage à Bordeaux en 1843, la décrit alors comme « le squelette d’un clocher ». Il faudra attendre l’architecte Paul Abadie, futur bâtisseur du Sacré-Cœur de Montmartre, pour lui rendre sa silhouette. Les travaux de reconstruction, menés de 1860 à 1869, doublent les faces fragiles de la tour d’un mur épais et couronnent les contreforts de six figures de saints et prélats liés à l’histoire de Bordeaux.

Que voir à l’intérieur de la basilique ?

Passé le porche, l’espace impressionne par son ampleur. La nef à triple vaisseau, typique du gothique flamboyant, s’élève sous des voûtes d’ogives qui montent à 23 mètres. Sur les côtés, les chapelles latérales abritent quelques trésors qu’on aurait tort de traverser au pas de course.

  • Une pietà de la fin du XVe siècle, dans le chœur.
  • Le retable de la chapelle Saint-Jacques, orné d’un tableau consacré à l’apôtre.
  • Une chaire en acajou et marbre surmontée d’une statue de saint Michel terrassant le dragon.
  • Une sculpture de sainte Ursule et de ses compagnes.

Les vitraux, entre Renaissance et modernité

Les vitraux racontent à eux seuls plusieurs siècles d’art sacré. Les plus anciens datent du XVIe siècle, avec un remarquable « arbre de Jessé » aux couleurs profondes qui figure la généalogie du Christ. D’autres, bien plus récents, sont l’œuvre du maître verrier Max Ingrand au XXe siècle : leurs teintes éclatantes baignent le chœur d’une lumière que l’on remarque tout de suite en fin de journée.

La crypte et les momies de Saint-Michel

Sous le clocher se cache l’un des récits les plus étonnants de Bordeaux. À la fin du XVIIIe siècle, l’aménagement de l’ancien cimetière paroissial met au jour des dizaines de corps que la nature du sol avait naturellement conservés. Exposés durant des générations dans une crypte à l’atmosphère saisissante, ces défunts surnommés « les momies de Saint-Michel » attirèrent des visiteurs illustres comme Théophile Gautier ou Victor Hugo. En 1979, pour les préserver, on les a finalement transférés au cimetière de la Chartreuse.

Monter à la Flèche et découvrir le quartier

Quand elle est ouverte à l’ascension, la Flèche récompense les courageux : 235 marches mènent à une terrasse d’où le regard embrasse les toits, le fleuve et l’animation de la place en contrebas. Tendez aussi l’oreille au bon moment, car le carillon de 22 cloches égrène les heures et rythme la vie du quartier.

Car la basilique ne se visite jamais seule. Tout autour bat le cœur du quartier Saint-Michel, sans doute le plus cosmopolite et le plus attachant de Bordeaux. À deux pas, le marché des Capucins, que les Bordelais appellent affectueusement « les Capus », reste le ventre de la ville : on y vient dès le matin pour un plateau d’huîtres et un verre de blanc. Prolongez la balade par la place Meynard et ses terrasses et vous aurez saisi l’esprit de ce coin de Bordeaux où le patrimoine et la vie de tous les jours se répondent en permanence.

Infos pratiques pour préparer votre visite

  • Adresse : place Meynard, 33000 Bordeaux.
  • Quartier : Saint-Michel, rive gauche, à quelques minutes des quais et du marché des Capucins.
  • Horaires indicatifs : ouverture en journée du lundi au samedi, accès plus restreint le dimanche en raison des offices. Pensez à vérifier avant de vous déplacer car ils varient selon les saisons.
  • Entrée de la basilique : libre et gratuite.
  • Montée de la Flèche : ouverte de façon saisonnière, comptez les 235 marches et une vue imprenable au sommet.
  • Le bon moment : la fin d’après-midi pour la lumière des vitraux, puis le soir quand la Flèche s’illumine.
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